Indispensable plaisir que le voyage sans but.
Car,
maltraité par la nuisance de l'apogée déterminée dans une grille horaire,
le chemin peut très vite se transformer en bagne.
Et je peux dire l'avoir eu « à l'échappée belle »
Par le chat de l'aiguille,
comme on retrouve une anguille dans une botte de foin,
mon chemin a repris sa bonne route,
à bon entendeur,
Salut !
Quitté Poitiers,
non sans mal dois-je avouer,
j'arrive à Clermont.
Il est 18h00 lorsque commence l'intrépide séduction du pouce. Et l'enchantement de mon doigt ne tarde à faire effet. Il envoûte un jeune couple. Elle est académicienne des beaux-arts, lui étudiant en audiovisuel. Elle habite Clermont et me fait penser au clone tri condensé de B.D, J.R et M. les comédiennes bohèmes. Lui habite Rennes et ne se distingue pas. Leur chien, brave chien de chasse, m'est séparé par la barrière de mon sac à dos. Ils vont dans le sens contraire de mon chemin mais il va sans dire que ma présence d'esprit me prédit de les suivre jusqu'à une éventuelle station-essence possédant un pont pour rejoindre l'autre rive. Donc demi-tout de 40 km.
Bon bien m'en valu, sur l'autre rive m'attendait un autre couple, plus âgé, une maghrébine et un fumeur de jocoss de 34 ans. Ils étaient partis de Poitiers en camionnette Fiat de société. Très vite j'ai brisé la glace liée à l'effet du cannabis en offrant mon recueil de poésie. Grand bien cela nous a insufflé car la suite ne fut qu'un embrigadement de camaraderie, même sous soupçon de PARANO. Je dois dire qu'en règle générale je fais très vite copain-copain, mais parfois c'est trop ; de rencontres insolites dans une station, d'un parcours de 450 km en 4 petites heures... Nous nous sommes échangés nos adresses et sommes devenus copains.
Puis vint la dernière station avant la bifurcation vers Turin. Je suis à deux doigts de convaincre un camionneur turinois vers 22h. Mais il refuse car je ne suis assuré et il ne peut risquer de travailler toute sa vie pour moi. Bon, c'est pas grave, j'essaye de dormir, à même le sol puis sur la table. Je n'y arrive pas. De plus manque de pot, mon poncho fait peur aux motorisés qui ne veulent pas me prendre. Puis par info, j'apprends que les camions ne peuvent circuler en France le w-e. Merde.
Un navetteur sympa, trop sympa, une grande gueule, prend pitié de moi et m'amène à Moutier, bled complètement paumé. À ce moment je me dis que c'est foutu. Je crains pour l'argent... Comment rentrer ? Il est 2 heures du Mat', pas un chat ! Pas un train ! Rien... Je décide de revenir sur mes pas et tente le « stop » jusqu'à 4 heure du Mat'.
Chance qui aurait pu tourner au vinaigre si je n'avais montré les dents souillées de mon sang chaud. 2 turcs, croyants, musulmans, s'en revenaient de soirée. L'un sympa mais réservé, l'autre pété et drogué, essayant de me faire peur par une auto-proclamation déguisée de psychopathes prenant les autostoppeurs pour les déshabiller. Et là je sors mes griffes... LA conversation tourne autoure de l'Islam eyt la condition musulmane. C'est intéressant mais malheureusement ils sont emplis de rancœur et de délire de persécution légitime mais réactionnaire au travers d'une parano violente. Bref je me maîtrise et comme ils m'ont donné envie de m'intéresser à l'Islam (même si ce n'est que broutille) ils me prennent en sympathie. Ils me déposeront à la gare d'Albertville et me donneront 2 gr. de chichon.
Dernière surprise, après avoir réfléchi au meilleur parcours afin de continuer ma route, voici au dernier instant, dans un bétail de coïncidences, mon chemin s'illuminer.
MODANE, 08.04.2006