J’ai été nul. J’ai été con. Je suis nul. Je suis con. Une tranche de jambon à la crème enrobe un chicon. Une luciole sur mon front me donne la lumière. Dans de tels horizons, ma lamentation se lamente, sirupeuse excision de mon savoir plaquant. Plaquant les diurnes émotions de mon être instable, sous une couverture de rémission dans l’étable à rêve, un établi de maître, serein et hautain, respire de la gangrène à en faire du foin. Mais en-dessous de l’estrade, un purin fume. Il absorbe les énergies nocturnes d’un sommeil qui aboie dans la nuit frêle, de tendres versets à faire pâlir un corset. Bien serré fut le mien lorsque tu m’annonças vouloir prendre soin de moi. Une haute respiration décolla de mes parois, la tentation de me laisser aller coucher dans ton aura. Fainéant étais-je de ne pouvoir t’accorder ce prédicat. Dans une luge légère je dévalai mes agrégats. De poussière, je me couvris, pour qu’en monstre forfaitaire je me puisse le présenter. La couturière lui avait taillé un costard. Un cigare à la main, une volute de fumée en bouche, un verre d’alcool en tête, ses paroles ont dépassé ta contrainte, elles ont maltraité tes ornières, et ont dévalé pour enfin m’avaler sans te recracher. Je pense toujours à toi. Tu ne fais pas partie de mon passé. J’essaye de m’accoupler à l’idée d’un souvenir surfait, d’une idylle sans début ni sans fin, un coup d’évidence que je n’ai vu venir, ni partir, une douce accalmie dans un monde où je ne cherche qu’à m’établir contre, oui, contre, jamais pour, ni dedans, à l’extérieur toujours contre, sur la ligne, sur le mur d’une folie pure, pour vivre à la limite, survivre à petit feu, entendre pétrir dans des suffoquements le pourrissement organique de ma chair et de mon sang. Je veux me vomir sur cette terre. Alors je resterai nul et con, comme je suis nul et con.
Mais quand vient la Lune, ses cratères volubiles tendent à m’abreuver à ta fente. J’y bois le suc que je sacre de toutes les voluptés. Son énergie folle ionise ma passion, la rend féconde à son échancrure dans un éclair sans tonnerre. La pluie dégouline, alors, sur mon visage pétri de terre et de fer. La boue s’en empare et répare les anfractuosités, remodèle une douce virginité. La souffrance s’abrège de me faire souffrir, elle devient plaisir dans la frange que nous devrons construire. Pour nous tenir chaud. Pour nous caresser les effluves sauvages que tu gardes en toi pour me les offrir lors de nos ébats. Tu caresses l’envie de me mordre, je le sais, je le vois, j’accuse cette tentation-là de n’être que tentation. Ne fuis pas ton phantasme, acclame-le comme je t’acclame dans l’élan de ma rugosité à t’abattre sur un sol parqueté d’étoiles nouvelles à leur apogée. La Lune est mère de toutes les voluptés et toi, la féminité, tu engranges les soleils dans les yeux solennels de la masculinité. Je te veux docile comme une panthère apprivoisée, je te veux méfiante comme une chatte puérile, je te veux méandre comme un labyrinthe cosmogonique dans lequel je perdrai les derniers repères de la réalité des grégaires. Car enfin, nu comme un ver, je retrouverai la liberté. L’instinct rebelle échappe à la méprise. Il envenime le pire et le transforme en rire. Parfois il soupire, il soupèse le rire et le pire jusqu’à se faire fuir dans l’éloge d’une fuite qui cogite sur sa loge soliste. L’instinct ne devrait pas s’encombrer de mental. Le mental le rationalise. Le mental : la dénature de l’instinct dans ses plus basses vocalises. L’instinct s’en ira alors porter sa valise ailleurs, dans un ailleurs qui fait peur à ceux qui ont les balises, les adaptés de l’esprit, à tous ces mécréants de la pédagogie des tripes, des viscères qui pourtant s’empiffrent à s’extraire du ventre pour acclamer une nouvelle parole. L’échange s’installe dans l’instinct, là où la raison se partage. Quelle est donc cette dimension qui demande à se perdre pour trouver quelque chose, qui demande à abandonner pour choisir ? Moi je n’abandonne pas, je m’abandonne et je reçois, puis j’échange avec qui voudra. Et ainsi la vie redémarre, la course effrénée vers la seule certitude, la mort, la partie rêvée d’un monde où l’illusion est totale. Partager est illusoire, je regarde les richesses, leur concept, et l’égalité s’amenuise à mesure que grandit la rationalité du partage… On n’a que ce que l’on mérite !! Échange l’imagination. Entre en soumission de l’instinct qui offre sans condition, ni rémission à la dureté d’un point de repère. Dis ce que tu as à dire et tu recevras ce dont tu avais envie, et même si tu ne le reçois pas tu le donneras, le don reçu, à quelqu’un d’autre qui le demandera, par le dire, et puis le sourire… Oui le sourire…. Arrivée ultime de la vie, la récompense, l’ordre divin de l’humanité, la manigance aussi, car il manigance aussi, parfois, avec la connerie, la manipulation de la bouffonnerie. Non, moi je parle du sourire de la tendresse, de la contemplation quasi mystique d’un échange vécu jusqu’à son absolution, et qui arrive en fin de vie, ou de cycle ce qui revient au même. Tu m’auras donné ce que je n’ai pu recevoir dans l’instantanéité de ton don, je t’aurai donné dans le même genre spontané l’étendue de mon être décomposé, je ne regrette que le manque de synchronicité dans l’écoute de nos êtres (trop hâtifs je crois à vouloir donner avant d’apprendre à recevoir), car j’ai reçu, tu as reçu, nous avons échangé dans l’éternité d’un instant rompu à toute complexité. Ce texte je te le dois. Je l’ai reçu de toi.
16 JUIN 2014